L’Apocalypse Révélée #0

Par Emanuel Swedenborg

Étudier ce passage

      |
/ 962  
  

PRÉFACE DE L'AUTEUR

Il en est plusieurs qui ont péniblement travaillé pour expliquer l'Apocalypse; mais comme le sens spirituel de la Parole a été jusqu'a présent ignoré, ils n'ont pu voir les Arcanes qui s'y trouvent cachés, car il n'y a que le sens spirituel qui les dévoile; c'est pourquoi, ceux qui ont expliqué ce Livre ont formé diverses conjectures, et la plupart en ont appliqué le contenu aux états des Empires, en y mêlant aussi certaines choses concernant les matières ecclésiastiques. Mais l'Apocalypse, de même que toute la Parole, ne traite nullement, dans son sens spirituel, des choses Mondaines, mais elle traite des choses Célestes; par conséquent, nullement des Empires ni des Royaumes, mais du Ciel et de l'Église.

Il faut qu'on sache qu'après le Jugement dernier, qui a été accompli dans le Monde spirituel en l'Année 1757, et dont il a été spécialement traité dans un Opuscule publié à Londres en 1758, il a été formé un nouveau Ciel de Chrétiens, mais de ceux-là seuls qui ont pu admettre que le Seigneur est le Dieu du Ciel et de la Terre, selon ses paroles dans Matthieu 28:18, et qui en même temps, dans le Monde, ont fait pénitence de leurs mauvaises œuvres; de ce Ciel descend et continuera à descendre sur la terre la Nouvelle Église, qui est la Nouvelle Jérusalem. Que cette Église reconnaîtra le Seigneur seul, cela est évident par ces paroles dans l'Apocalypse:

« Il vint à moi un des sept Anges, et il me parla, disant: Viens, je te mon­trerai LA FIANCÉE, DE L'AGNEAU L'ÉPOUSE; et il me montra la Ville grande, la sainte Jérusalem, descen­dant du Ciel de devers Dieu 21:9, 10

- Et ailleurs : « Réjouissons-nous et bondissons, car il est venu le temps DES NOCES DE L'AGNEAU, et SON ÉPOUSE s'est parée. Heureux ceux qui au Souper DES NOCES DE L'AGNEAU ont été appelés. - 19:7, 9

- Qu'il doive y avoir un Ciel nouveau, et que de ce Ciel doive descendre la Nouvelle Église sur la terre, cela est évident par ces pa­roles dans le même Livre:

« Je vis un Ciel nouveau et une Terre nouvelle, et je vis la Ville sainte, Jérusalem nouvelle, descendant de Dieu par le Ciel, parée comme une Fiancée ornée pour son Mari. Et Celui qui était assis sur le trône dit: Voici, nouvelles toutes choses je fais; et il me dit: Écris, car ces paroles sont véritables et certaines. - 21:1,2, 5;

- Le nouveau Ciel est un nouveau Ciel de Chrétiens; la nouvelle Jérusalem, c'est sur terre une nouvelle Église qui fera un avec ce nouveau Ciel; l'Agneau est le Seigneur quant au Divin Humain.

A ce qui précède il sera ajouté quelque chose pour illus­tration : Le Ciel Chrétien est au-dessous des Cieux an­ciens; dans ce Ciel, à partir du temps du Seigneur quand il était dans le Monde, ont été admis ceux qui ont adoré un Dieu sous trois Personnes, et n'ont point eu en même temps l'idée de trois Dieux; et cela, par cette raison qu'une Trinité de Personnes a été reçue dans tout le Monde Chrétien; mais ceux qui n'ont entretenu de l'Humain du Seigneur d'autre idée que comme de l'Humain d'un autre homme, n'ont pu recevoir la foi de la Nouvelle Jérusalem, à savoir, que le Seigneur est le seul Dieu en qui est la Trinité; ceux­-ci ont donc été séparés et renvoyés vers les angles: il m'a été donné de voir les séparations et les renvois après le Ju­gement Dernier. En effet, sur la juste idée de Dieu est fondé le Ciel entier, et sur terre l'Église entière, et en général toute Religion, car par cette idée il y a Conjonction, et par la conjonction Lumière, Sagesse et Félicité éternelle.

Chacun peut voir que l'Apocalypse ne peut nullement être expliquée, sinon par le Seigneur seul; car chaque mot y contient des arcanes qui ne peuvent jamais être connus sans une illustration spéciale, et par conséquent sans une révélation; c'est pourquoi, il a plu au Seigneur de m'ouvrir la vue de mon esprit, et de m'instruire. Qu'on ne croie donc pas que, dans ce Traité, j'aie pris quelque chose de moi, ni de quelque Ange; j'ai tout reçu du Seigneur seul. Le Sei­gneur a dit aussi par l'Ange à Jean:

« Ne scelle point les paroles de la prophétie de ce Livre. - 22:10,

ce par quoi il est entendu qu'elles doivent être manifestées.

ABRÉGÉ des DOCTRINAUX DE L'ÉGLISE ET DE LA RELIGION des CATHOLIQUES-ROMAINS

Puisque dans l'Apocalypse, Chap. 17, 18, Apocalypse 19, il est aussi traité de la BABYLONIE, qui est la Religiosité Catholique-Romaine, il convient, dès l'entrée, d'en mettre en évidence les Doctrinaux, et de les placer dans cet ordre: Sur le Baptême, sur l'Eucharistie ou la Sainte Cène, sur les Messes, sur la Pénitence, sur la Justification, sur le Purgatoire, sur les Sept Sacrements, sur les Saints, et sur le Pouvoir.

I. SUR LE BAPTÊME. On y enseigne qu'Adam tout entier, après l'offense de sa prévarication, a été changé en pire quant au corps et quant à l'àme; que ce péché a été transfusé dans tout le genre humain; que ce péché originel n'est enlevé que par le mérite du Christ, et que le mérite du Christ est appliqué par le Sacrement du Baptême, et qu'ainsi toute l'inculpation du péché originel est enlevée par le Baptême; que néanmoins dans les Baptisés il reste la convoitise comme aiguillon pour les péchés, mais non le péché; qu'ainsi ils se revêtent du Christ, deviennent une nouvelle créature, et obtiennent la pleine et entière rémission des péchés. Le Baptême est appelé le Bain de la régénération et de la foi. Les Baptisés, quand ils sont devenus grands, doivent être interrogés sur les promesses faites par leurs parrains, ce qui est LE SACREMENT DE CONFIRMATION. A Cause des chutes après le Baptême, LE SACREMENT DE PÉNITENCE est nécessaire.

II. SUR L'EUCHARISTIE OU LA SAINTE CÈNE. Aussitôt après la Consécration, le véritable Corps et le véritable Sang de Jésus Christ sont contenus réellement et substantiellement avec son Ame et sa Divinité sous les espèces du Pain et du Vin, le Corps sous l'espèce du Pain, et le Sang sous l'espèce du Vin, par la force des paroles; mais le Corps même sous l'espèce du Vin et le Sang sous l'espèce du Pain, et l'Ame sous l'une et l'autre espèce, par la force d'une connexion et d'une concomitance na­turelles, d'après lesquelles les parties du Seigneur Christ sont unies entre elles, et aussi la Divinité à cause de son admirable union hypostatique avec le corps et l'àme; ainsi il est autant contenu sous une seule espèce que sons l'une et l'autre; en un mot, le Christ existe tout entier sous l'espèce du Pain et sous chaque parties de cette espèce, et tout entier aussi sous l'espèce du Vin et sous les parties de cette espèce; c'est pour cela que les deux espèces sont séparécs, et que le Pain est donné aux Laïques, et le Vin est pour les Prêtres.faut mêler de l'eau au vin dans le calice. Les Laïques doivent recevoir des Prêtres la communion, et les Prêtres se communient eux-mêmes. Le vé­ritable Corps et le véritable Sang du Christ, après la Consécration, est dans les hosties dans les particules consacrées, et c'est pour cela que l'hostie doit être adorée, quand on la montre et quand on la porte. Cet admirable et singulier changement de toute la substance du Pain en Corps, et de toute la substance du Vin en Sang, est appelé Transsubstantiation. La communion sous l'une et l'autre espèce peut, sous certaines conditions, être accordée par le Pape. Est appelé Pain supersubstantiel, et Pain des Anges, celui que ceux-ci mangent sans aucun voile; il est aussi appelé l'aliment spirituel, et l'antidote par lequel on est délivré des péchés.

III. SUR ES MESSES. On dit Sacrifice de la Messe, parce que le sacrifie, par lequel le Christ s'est offert à Dieu le Père, y est représenté sons les espèces du Pain et du Vin; par suite c'est un Sacrifice vraiment propitiatoire, pur, et n'ayant rien que de saint. Si le peuple ne communie pas sacramentellement, mais le Ministre seul, alors le peuple communie spirituellement, parce que les Ministres offrent ce sacrifice non pour eux seulement, mais pour tous les fidèles qui appartiennent au corps du Christ. Les Messes ne doivent pas être dites en langue vulgaire, parce qu'elles contiennent la solennelle instruction du peuple fidèle, mais les Ministres en expliquent quelque chose les jours de Di­manche.a été établi que certaines paroles, qui sont mystiques, seraient prononcées à voix basse, et certaines autres à voix plus élevée; et que, pour donner de la majesté à un si grand sa­crifice qui est offert à Dieu, il y aurait des Lumières, des Encens, des Vêtements particuliers, et autres choses de ce genre.doit être offert pour les péchés des Vivants, pour leurs peines, leurs satisfactions et toutes leurs nécessités; et aussi pour les Morts. Les Messes en l'honneur des Saints sont des actions de grâces, parce qu'ils intercèdent quand ils sont implorés.

IV. SUR LA PÉNITENCE. Outre le Baptême, il y a le Sacrement de la Pénitence, par lequel le bénéfice de la mort et du mérite du Christ est appliqué à ceux qui sont tombés après le Baptême; aussi est-il appelé une sorte de Baptême laborieux. Les parties de la Pénitence sont la Contrition, la Confession et la Satisfac­tion. La CONTRITION est un don de Dieu, et une impulsion de l'Esprit Saint qui n'habite pas encore en l'homme, mais qui le meut seulement; ainsi, c'est une disposition. La CONFESSION doit se faire de tous les péchés mortels, même les plus secrets, et des intentions: les péchés qui sont omis ne sont pas remis, mais ceux qui, après examen, ne se sont point présentés, sont compris dans la confession. Elle doit se faire au moins une fois par an. Les péchés doivent être absous par les Ministres des clefs, et ils sont remis, quand ceux-ci disent: J'ABSOUS; l'Abso­lution est comme l'acte du juge, quand une sentence est pro­ noncéc. Les péchés graves doivent être absous par les Évêques, et les plus graves par le Pape. La SATISFACTION se fait par les peines satisfactoires qui doivent être imposées par le Ministre, à son gré, selon la mesure du délit. Avec la Peine éternelle est re­mise aussi la Peine temporelle. Le pouvoir des INDULGENCES a été laissé à l'Église par le Christ, et leur usage est extrêmement salutaire.

V. SUR LA JUSTIFICATION. La translation de cet état, dans lequel l'homme naît fils d'Adam, à l'état de grâce par le second Adam le Sauveur, ne se fait pas sans le Bain de la régénération et de la foi, ou Baptême. La seconde origine de la Justification vient de la grâce prévenante, qui est appelée Vocation, avec la­quelle l'homme coopère en se convertissant lui-même. La dis­ position se fait par la FOI, quand l'homme croit que les choses qui ont été révélées sont vraies, foi vers laquelle il est librement porté; puis, par l'ESPÉRANCE, quand il croit que Dieu est propice à cause du Christ; et par la CHARITÉ, par laquelle il commence à aimer le prochain, et à haïr le péché. La Justification, qui en est la suite, est non-seulement la rémission des péchés mais aussi la sanctification et la rénovation de l'homme intérieur; alors on n'est point réputé juste, mais on est juste recevant en soi la justice; et comme on accepte le mérite de la pas­sion du Christ, la Justification est ainsi insérée par la Foi, par l'Espérance et par la Charité. La Foi est le commencement du salut humain, le fondement et la racine de la Justification, et c'est là être justifié par la foi: et comme rien de ce qui précède la Justification, que ce soit la foi ou les œuvres, ne mérite la grâce de la Justification, c'est là être justifié gratuitement, car il y a grâce prévenante: et néanmoins l'homme est justifié par les œuvres, et non par la foi seulement: les justes tombent dans des péchés légers et véniels, et néanmoins ils sont justes: et les justes par conséquent doivent, par des prières, des offrandes, des aumônes et des jeùnes, travailler continuellement à ne point tomber, parce qu'ils sont renés pour l'espérance de la gloire, et non pour la gloire. Les justes, s'ils perdaient la grâce de la Justification, peuvent de nouveau être justifiés par le Sacrement de Pénitence: par tout péché mortel la grâce est perdue, mais non la foi; cependant par l'infidélité, qui est le re­noncement à la Religion, la foi aussi est perdue. Les Œuvres de l'homme justifié sont des mérites, et ceux qui ont été justifiés par les choses qu'ils font, au moyen de la grâce de Dieu et du mérite du Christ, méritent la vie éternelle. Le LIBRE ARBITRE, après le péché d'Adam, n'a été ni perdu ni éteint, et l'homme coopère en donnant son assentiment à Dieu qui l'appelle; autrement il serait un corps inanimé. On établit la PRÉDESTINA­TION, en disant que personne ne sait, à moins que ce ne soit par une révélation spéciale, s'il est au nombre des prédestinés, et parmi ceux que Dieu s'est choisis.

VI. SUR LE PURGATOIRE. Toute faute soumise à une peine temporelle n'est point effacée par la Justification, c'est pourquoi tous viennent dans le Purgatoire pour être purifiés, avant que l'entrée dans le Ciel soil ouverte. Les âmes, qui y sont détenues, sont soulagées par l'aide des fidèles, et principalement par le sacrifice de la Messe; et cela doit être soigneusement enseigné et prêché. - Les tourments qu'on y souffre sont décrits de di­verses manières, mais ce sont des inventions, et de pures fictions.

VII. SUR LES SEPT SACREMENTS.y a sept Sacraments. Le Baptême, la Confirmation, l'Eucharistie, la Pénitence, l'Ex­trême-Onction, l'Ordre et le Mariage: il n'y en a pas plus, et il n'y en a pas moins: l'un est plus digne que l'autre: ils con­tiennent la grâce, et d'après l'œuvre opérée par eux la grâce est conférée: les Sacrements de l'Ancienne Loi étaient en même nombre. -Il a été traité, ci-dessus, du Baptême, de la Confirma­tion, de l'Eucharistie et de la Pénitence.

- SUR LE SACREMENT DE L'EXTRÊME-ONCTION, est fondé sur l'Épître de Jacques, 5:14, 15; il est donné aux malades vers la fin de la vie; de là il est appelé Sacrement de ceux qui s'en vont: s'ils reviennent en santé, il peut de nouveau être appliqué: il est administré avec de l'huile bénite par l'Evêque, et avec ces paroles: Que Dieu te soil indulgent pour toutes les fautes que tu as commises par dépravation des yeux, ou des narines, ou du toucher.

SUR LE SACREMENT DE L'ORDRE.y a dans le Ministère du Sacerdoce sept Ordres, qui diffèrent en dignité, et ils sont ensemble appelés la Hiérarchie Ecclésiastique, laquelle est comme une ar­mée rangée en bataille : les inaugurations dans le Ministère se font par les onctions et par les transmissions de l'Esprit Saint en ceux qui sont inaugurés. Pour les Ordinations des Évêques et des Prêtres, le pouvoir séculier, ou le consentement du Magistrat ou son appel ou son autorité, ne sont pas requis; ceux qui montent an ministère seulement par l'appel du pouvoir sé­culier ne sont point des ministres, mais ce sont des voleurs et des larrons, qui n'entrent point par la porte.

SUR LE SACRE­MENT DU MARIAGE. La dispense des degrés et des divorces ap­partient à l'Église : les Ecclésiastiques ne contractent point de mariage: ils peuvent tous avoir le don de chasteté, et si l'un d'eux dit qu'il ne peut pas l'avoir, quand cependant il en a fail le vœu, il est anathème, parce que Dieu ne refuse point ce don á ceux qui le lui demandent sincèrement, et ne souffre point que quelqu'un puisse être tenté au-delà de ses forces. L'état de virginité et de célibat doit être préféré à l'état conjugal: outre plusieurs autres choses.

VIII. SUR LES SAINTS. Les Saints, qui règnent conjointement avec le Christ, offrent à Dieu leurs prières pour les hommes: le Christ doit être adoré, et les Saints doivent être invoqués; l'in­ vocation des Saints n'est point une idolâtrie, et n'est point contraire à l'honneur d'un seul Médiateur entre Dieu et les hommes; elle est appelée Latrie: les images du Christ, de Marie mère de Dieu, et des Saints, doivent être vénérées et honorées; il faut croire, non pas qu'en elles il y ait la Divinité ni quelque vertu, mais que l'honneur qui leur est rendu est reporté aux proto­types qu'elles représentent; et par les images que l'on baise, et devant lesquelles on se prosterne et se découvre, on adore le Christ et l'on vénère les Saints. Les miracles de Dieu s'opèrent par les Saints.

IX. SUR LE POUVOIR. Le Pape Romain est le successeur de l'Apôtre Pierre, et le Vicaire de Jésus-Christ, le Chef de l'Église et l'Évêque universel; il est au-dessus des Conciles : il a les clefs pour ouvrir et fermer le Ciel, ainsi le pouvoir de remettre et de retenir les péchés; à lui donc, comme Porte-Clef de la vie éternelle, appartiennent les droits de l'empire terrestre en même temps que ceux de l'empire céleste: les Évêques et les Prêtres tiennent aussi de lui un pareil pouvoir, parce qu'il a aussi été donné aux autres Apôtres, et c'est pour cela qu'ils sont appelés Ministres des clefs. C'est à l'Église à juger du vrai sens et de l'interprétation de l'Ecriture Sainte, et ceux qui contreviennent doivent être punis des peines établies d'après le droit: il ne convient point aux Laïques de lire l'Eriture Sainte, puisqu'il n'y a que l'Église qui en connaisse le sens. - Par suite les Mi­nistres de l'Église se vantent de le connaître.

Ces Doctrinaux sont tirés des Conciles et des Bulles, princi­palement du Concile de Trente et de la Bulle papale qui l'a con­firmé, où tous ceux qui pensent, croient et agissent contre les choses qui ont été décrétées, lesquelles sont en général celles ci­dessus rapportées, sont condamnés à l'anathème.

ABRÉGÉ des DOCTRINAUX L'ÉGLISE ET DE LA RELIGION DES RÉFORMÉS

Puisque dans l'Apocalypse, dans son sens spirituel, il est beau­coup traité des Reformés, il convient aussi, dès l'entrée des Expli­cations, de mettre en évidence leurs Doctrinaux, et de les placer dans cet ordre: Sur Dieu, sur Christ le Seigneur, sur la Justifica­tion par la foi et sur les bonnes œuvres, sur la Loi et l'Evangile, sur la Pénitence et la Confession, sur le Péché Originel, sur le Baptême, sur la Sainte Cène, sur le Libre Arbitre, et sur l'Église.

I. SUR DIEU. On croit sur Dieu conformément à la foi sym­bolique Athanasienne, laquelle, étant dans les mains de cha­cun, n'est point insérée ici: il est notoire aussi que l'on croit en Dieu le Père comme Créateur et Conservateur, en Dieu le Fils comme Sauveur et Rédempteur, et il l'Esprit Saint comme Illustrateur et Sanctificateur.

II. SUR CHRIST LE SEIGNEUR. Sur la Personne du Christ il n'est pas enseigné la même chose par tous les Réformés. Voici ce qu'enseignent les LUTHÉRIENS: La Vierge Marie a non-seulement conçu et engendré un vrai Homme, mais aussi le vrai Fils de Dieu; c'est pourquoi elle est avec raison appelée Mère de Dieu, et elle l'est réellement: dans le Christ il y a deux na­tures, la nature Divine et la nature Humaine, la Divine de toute il éternité, et l'Humaine dans le temps; ces deux natures ont été personnellement unies, de telle manière qu'elles ne sont nulle­ment deux Christs, l'un Fils de Dieu, l'autre Fils d'homme, mais qu'elles sont un seul et même Fils de Dieu et Fils d'homme, non pas que ces deux natures aient été mêlées en une seule sub­stance, ni que l'une ait été changée en l'autre, mais l'une et l'autre nature retient ses propriétés essentielles; il est même décrit quelles sont ces propriétés : leur union est hypostatique, et cette union est une suprême communion, telle qu'est cette de l'âme et du corps; ainsi c'est avec raison qu'il est dit que dans le Christ Dieu est Homme et l'Homme est Dieu. Il a souffert pour nous non pas seulement comme homme nuement homme, mais comme un Homme dont la nature Humaine a avec le Fils de Dieu une si étroite union et communion ineffable, qu'elle est devenue une seule Personne avec lui : le Fils de Dieu a véritablement souffert pour nous, mais néanmoins selon les propriétés de la nature Humaine: le Fils de l'homme, par lequel il est entendu le Christ quant il la nature Humaine, a été réellement élevé à la droite de Dieu, quand il a été pris en Dieu, ce qui a eu lieu dès que dans le sein de la mère il eut été conçu de l'Esprit Saint: le Christ a toujours eu cette Majesté en raison de l'union personnelle, mais dans l'état d'exinanition il n'a exercé cette majesté qu'autant qu'il lui semblait convenable; toutefois, après la résurretion, il a déposé pleinement et abso­lument la forme de serviteur, et il a mis la nature ou l'essence Humaine dans la pleine possession de la Majesté Divine; et c'est de cette manière qu'il est entré dans la gloire; en un mot, le Christ est vrai Dieu et Homme en une Personne indivisible, et il l'est pour l'éternité; et vrai, tout-puissant, et éternel Dieu, même présent quant à l'Humain à la droite de Dieu, il gouverne toutes choses dans les cieux et sur terre, et aussi il remplit toutes choses, est avec nous, habite et opère en nous: il n'y a pas différence d'adoration, parce que par la nature qui est vue on adore la Divinité qui n'est point vue: l'Essence Divine communique et procure ses propres excellences à la nature Hu­maine, et perfectionne ses Divines opérations par le corps comme par son Organe; ainsi toute la plénitude de la Divinité habite corporellement dans le Christ, selon Paul. L'incarnation a été faite pour nous réconcilier avec le Père, et afin que le Christ devînt victime pour les péchés de tout le monde, tant originels qu'actuels; il a été incarné de la substance de l'Esprit Saint, mais la nature Humaine, que, comme Parole, il a prise, et a unie à soi, a été produite par la Vierge Marie : il sanctifie ceux qui croient en lui, en envoyant dans leur cœur l'Esprit Saint, qui les dirige, les console et les vivifie, et qui les défend contre le diable et contre la violence du péché. Le Christ est descendu aux enfers, et il a détruit l'enfer pour tous les croyants; mais comment ces choses ont été effectuées, il ne veut pas qu'on le scrute avec curiosité; la connaissance de ce sujet est réservée à un autre siècle, quand non-seulement ce mystère, mais aussi beaucoup d'autres seront révélés. - Ces Doctrinaux sont tirés de Luther, de la Confession d'Augsbourg, du Concile de Nicée, des Articles de Smalkalde; voir FORMULE DE CONCORDE.

Une partie des Réformés, dont il est aussi parlé dans la For­mule de concorde, croient que le Christ selon la nature Humaine a reçu, par exaltation seulement, des dons créés et une puis­sance finie, qu'ainsi il est homme comme un autre homme, re­tenant les propriétés de la chair; que par conséquent, quant à la nature Humaine, il n'est ni Tout-Présent, ni Tout-Sachant; que néanmoins il gouverne absent comme un Roi gouverne les choses éloignées de lui: que, comme Dieu de toute éternité, il est chez le Père, et que, comme Homme né dans le temps, il est chez les Anges dans le Ciel; que la locution, dans le Christ Dieu est Homme et l'Homme est Dieu, est une locution figurée; ou­tre plusieurs autres choses du même genre.

Mais ce dissentiment est réglé par le symbole d'Athanase qui a été reçu par tous dans le Monde Chrétien, et dans lequel il est dit: La vraie foi est que nous croyions et confessions, que notre Seigneur Jésus-Christ Fils de Dieu est Dieu et Homme, Dieu d'après la substance du Père, né avant le monde, et Homme d'après la substance de la mère, né dans le monde; Dieu parfait et Homme parfait et, quoiqu'il soit Dieu et Homme, cependant ce sont non pas deux, mais un seul Christ; un, non par conver­sion de l'Essence Divine en un corps, mais par assomption de son Humain en Dieu; un absolument, non par confusion de substance, mais par unité de Personne; puisque, de même que l'âme rationnelle et le corps sont un seul homme, de même Dieu et Homme est un seul Christ.

III. SUR LA JUSTIFICATION PAR LA FOI ET SUR LES BONNES ŒUVRES. La Foi justifiante et sauvante des Ecclésiastiques est celle-ci: Dieu le Père s'est détourné du Genre Humain à cause ses iniquités, et ainsi d'après la justice il l'a condamné à la mort éternelle, et c'est pour cela qu'il a envoyé son Fils dans le monde, pour expier et racheter, et pour satisfaire et réconcilier; et le Fils a fait cela en prenant sur lui la condamnation de la loi, en se laissant crucifier, et en remplissant ainsi et par obéis­sance toute la justice de Dieu, au point qu'il est devenu Lui­-Même la Justice; et Dieu le Père impute et applique cette justice comme mérite du Fils à ceux qui croient, et il leur envoie l'Es­prit Saint qui opère la charité, les bonnes œuvres, la pénitence, comme un bon arbre porte de bons fruits, et qui justifie, renou­velle, régénère et sanctifie; et cette foi est l'unique moyen de sa­lut, et par elle seule les péchés sont remis à l'homme. Ils distin­guent entre l'acte et l'état de Justification; par l'acte de justifi­cation ils entendent le commencement de la justification, qui se fait en un moment, quand l'homme par cette foi seule saisit avec confiance le mérite du Christ; par l'état de justification ils enten­dent le progrès de cette foi, lequel se fait par l'opération intérieure l'Esprit Saint, opération qui ne se manifeste que par cer­tains signes, au sujet desquels ils enseignent diverses choses; ils parlent aussi de bonnes œuvres manifestes, qui sont faites par l'homme et par sa volonté, et qui suivent cette foi; mais ils excluent de la justification ces bonnes œuvres, parce qu'en elles il y a le propre et ainsi le mérite de l'homme: c'est là, en somme, la foi d'aujourd'hui; mais les confirmations de cette foi, et les tra­ditions qui y ont rapport, sont nombreuses et multipliées; quel­-ques-unes vont aussi être rapportées, ce sont celles-ci: Les hommes ne peuvent pas être justifiés devant Dieu par leurs propres forces, leurs propres mérites, leurs propres œuvres, mais ils le sont gratuitement, à cause du Christ, par la foi, selon laquelle ils croient qu'ils sont reçus en grâce, et que les péchés sont remis à cause du Christ qui par sa mort a satisfait pour nous, et que Dieu le Père impute cela aux croyants pour justice devant lui: cette foi est non-seulement une connaissance histo­rique que le Christ a souffert et est mort pour nous, mais c'est aussi un assentiment de cœur, une confiance et une assurance que gratuitement à cause du Christ les péchés sont remis et qu'on est justifié; et alors trois choses concourent, la Promesse gratuite, le Mérite du Christ comme prix, et la Propitiation: la foi est la justice, par laquelle devant Dieu nous sommes réputés justes à cause de la promesse; et être justifié, c'est être absous de ses péchés, et même on peut en quelque sorte dire que c'est être vivifié et régénéré: la foi nous est réputée à justice, non pas qu'elle soit une si bonne œuvre, mais parce qu'elle saisit le mérite du Christ: le mérite du Christ est son Obéissance, sa Passion, sa Mort et sa Résurrection : il est nécessaire qu'il y ait quelque chose par quoi Dieu puisse être approché; et ce quelque chose n'est autre que la foi par laquelle se fait la réception. Dans l'acte de justification, la foi entre la parole et par l'ouïe, et ce n'est point l'acte de l'homme, mais c'est l'opération de l'Es­prit Saint, et alors l'homme ne coopère pas plus qu'une statue de sel, une souche ou une pierre, ne faisant rien de lui-même, ne sachant rien de cela; mais après l'acte il coopère, sans ce­pendant aucune volonté propre dans les choses spirituelles; il en est autrement dans les choses naturelles, civiles et morales; toutefois, on peut alors s'avancer dans les choses spirituelles jusqu'au point de vouloir le bien, et d'y trouver des délices, mais cela vient non de la volonté propre, mais de l'Esprit Saint, et ainsi l'on coopère non par ses propres forces, mais par de nouvelles forces et de nouveaux dons, que l'Esprit Saint a com­mencés dans la conversion; et dans la véritable conversion le changement, la rénovation et le mouvement se font dans l'en­tendement et dans le cœur de l'homme: la charité, les bonnes œuvres et la pénitence n'entrent point dans l'acte de justification­, sur­tout à cause du commandement de Dieu, et par elles on mérite les récompenses corporelles de cette vie, mais non la rémission des péchés ni la gloire de la vie éternelle, parce que la foi seule sans les œuvres de la loi justifie et sauve : la foi par l'acte jus­tifie l'homme, mais la foi par l'état le renouvelle: dans la ré­novation, à cause du commandement de Dieu, on doit néces­sairement faire les œuvres honnêtes que prescrit le Décalogue, parce que Dieu veut que les cupidités charnelles soient répri­mées par la discipline civile; c'est pourquoi il a donné une doctrine, des lois, des magistrats et des punitions: de la résulte donc qu'il est faux que par les œuvres nous méritions la rémission des péchés et le salut, et que les œuvres fassent quelque chose pour conserver la foi; et qu'il est faux aussi, que l'homme soit répnté juste à cause de la justice de sa raison, et que la rai­son puisse par ses propres forces aimer Dieu par dessus toutes choses, et pratiquer la loi de Dieu: en un mot, la foi et le salut sont conservés et retenus dans les hommes, non par les bonnes œuvres, mais seulement par l'Esprit de Dieu et par la Foi; mais néanmoins les bonnes œuvres sont des témoignages que l'Es­prit Saint est présent, et habite en eux: est condamnée, comme pernicieuse, cette manière de s'exprimer, que les bonnes œu­vres sont nuisibles au salut, parce qu'on doit entendre les œu­vres intérieures de l'Esprit Saint qui sont bonnes, et non les œuvres extérieures procédant de la propre volonté de l'homme, qui ne sont pas bonnes, mais sont mauvaises, parce qu'elles sont méritoires. En outre, ils prétentent que le Christ, au Juge­ment dernier, portera sentence sur les œuvres bonnes et sur les œuvres mauvaises comme effets propres et non propres de la foi de l'homme. Cette foi aujourd'hui règne dans tout le monde Chrétien réformé chez le Clergé, mais non chez les Laïques, si ce n'est chez un très-petit nombre; car par la foi les Laïques n'entendent autre chose que croire en Dieu le Père, le Fils et l'Esprit Saint, et que celui qui vit bien et croit bien est sauvé; et, au sujet du Seigneur, qu'il est le Sauveur; en effet, ils ignorent les mystères de justification de leurs prédicateurs, mys­tères qui, quoique prêchés, entrent néanmoins chez les auditeurs laïques par une oreille et sortent par l'autre; bien plus, les doc­teurs eux-mêmes se regardent comme des érudits d'après la con­naissance de ces mystères, et dans les Écoles et les Universités, ils travaillent beaucoup pour les saisir; c'est pour cela qu'il a été dit ci-dessus que cette foi est la foi du Clergé. Mais néanmoins les Docteurs enseignent de diverses manières cette même foi dans les Royaumes où sont les Réformés; en ALLEMAGNE, en SUÈDE et en DANEMARCK, ils disent que l'Esprit Saint opère par cette foi, et qu'il justifie et sanctifie les hommes, et ensuite suc­cessivement les renouvelle et les régénère, mais sans les œuvres de la loi; que ceux qui sont dans cette foi d'après l'assurance et la contíance sont dans la grâce auprès de Dieu le Père; et qu'alors les maux qu'ils font apparaissent, il est vrai, mais sont sans cesse remis. En ANGLETERRE, ils disent que cette foi opère la charité à l'insu de l'homme, et que cela aussi est le bien de la charité, quand l'homme sent intérieurement l'Esprit Saint opére­r chez lui; et que, s'il ne le sent pas, et que néanmoins il fasse le bien pour le salut, cela peut être appelé le bien, mais cependant tient de l'homme d'être en lui un mérite: puis aussi, que cette foi peut opérer cela à la dernière heure de la mort; toutefois, l'on ne sait pas comment. En HOLLANDE, ils disent que Dieu le Père, à cause du Fils, justifie et purifie l'homme intérieurement par l'Esprit Saint au moyen de cette foi, mais néanmoins selon la propre volonté de l'homme, de laquelle il se détourne sans y toucher; quelques-uns disent qu'il la touche légèrement, et qu'ainsi les maux de la volonté de l'homme n'apparaissent point devant Dieu : mais peu de Laïques ont connaissance de ces mystères du Clergé, eUes Ecclésiastiques ne veulent pas les publier tels qu'ils sont, parce qu'ils savent qu'on ne les goûte point.

IV. SUR LA LOI ET L'EVANGILE. La Loi a été donnée par Dieu, pour qu'on sache ce que c'est que le péché, et ainsi pour qu'il soit chassé par la menace et par la crainte, et ensuite par la promesse et par l'annonce de la grâce; c'est pourquoi l'office principal de la loi, c'est que le péché originel et tous ses fruits soient révélés, et qu'on sache de quelle manière horrible la na­ture de l'homme est tombée et a été entièrement dépravée; par ce moyen la loi effraie, humilie, terrasse l'homme, au point qu'il désespère de lui-même, et désire avec anxiété du secours; cet effet de la Loi est appelé Contrition, celle-ci n'est pas active ou factice, mais elle est passive, elle tourment de fa conscience: mais l'Evangile est toute la Doctrine sur le Christ et sur la foi, et ainsi sur la rémission des péchés, par conséquent une très­-joyeuse nouvelle qui n'accuse ni n'epouvante, mais qui con­sole: par la Loi la colère de Dieu est révélée sur toute impiété, et l'homme est condamné; elle fait donc que l'homme porte ses regards vers le Christ, et vers l'Evangile; la prédication doit porter sur la Loi et sur l'Evangile, parce qu'ils ont été conjoints: l'Évangile enseigne que le Christ a pris sur lui toute la malédic­tion de la Loi, et a expié tous les péchés, et que nous en obte­nons la rémission par la foi. L'Esprit Saint est donné et reçu et le cœur de l'homme est renouvelé, non par la prédication de la Loi, mais par celle de l'Évangile; et l'Esprit ensuite se sert du ministère de la Loi pour enseigner et pour montrer dans le De­calogue quelle est la bonne et agréable volonté de Dieu; ainsi l'Esprit mortifie et vivifie. Il faut faire une différence entre les œuvres de la Loi et les œuvres de l'Esprit; c'est pourquoi les fidèles ne sont point sous la Loi, mais ils sont sous la grâce, à savoir, par cette même raison. La justice de la Loi ne justifie pas, c'est-à-dire, ne réconcilie pas, ne régénère pas, et ne fait pas par elle-même que les hommes sont acceptés par Dieu, mais l'Esprit Saint étant donné, l'accomplissement de la Loi s'ensuit: les œuvres de la seconde table du Décalogue ne justifient pas, parce que d'après cette seconde table nous agissons avec les hommes, et non proprement avec Dieu, et cependant dans la justification il faut agir avec Dieu. Le Christ, parce que sans pé­ché il a subi la peine du péché, et qu'il a été fait victime pour nous, a enlevé ce droit de la Loi, afin qu'elle ne damne point les croyants, parce que Lui-Même est une propitiation pour eux, en raison de laquelle ils sont réputés justes.

V. SUR LA PÉNITENCE ET LA CONFESSION. La Pénitence con­siste en deux parties, dont l'une est la contrition ou la terreur imprimée à la conscience à cause des péchés, et l'autre est la foi qui est conçue d'après l'Évangile, et qui par la rémission des péchés console la conscience et délivre des terreurs. Celui qui confesse que tout entier il n'est que péché, comprend tous les péchés, n'en exclut aucun, et n'en oublie aucun; ainsi les pé­chés sont purgés, l'homme est purifié, rectifié, sanctifié, parce que l'Esprit Saint ne permet pas que le péché domine, mais il le réprime et le restreint. L'énumération des péchés doit être libre, l'homme veut ou ne veut pas, et l'on doit faire grand cas de la confession et de l'absolution privées; c'est pourquoi, si quelqu'un le veut, il peut confesser ses péchés et recevoir l'ab­solution du confesseur, et alors les péchés sont remis; les pa­roles que le ministre doit alors répondre, sont: Que Dieu te soit propice et qu'il confirme ta foi; qu'il te soit fait selon que tu crois; et moi, d'après l'ordre du Seigneur, je te remets les péchés. Mais d'autres disent: Je t'annonce la rémission des péchés. Toujours est-il cependant que les péchés ne sont pas plus remis par la pénitence que par les œuvres, mais qu'ils le sont par la foi. C'est pourquoi la pénitence des Ecclésiastiques est seule­ment une confession devant Dieu qu'ils sont pécheurs, et une prière afin qu'ils persévèrent dans la foi. Les expiations et les satisfactions ne sont point nécessaires, parce que le Christ est l'Expiation et la Satisfaction.

VI. SUR LE PÉCHÉ ORIGINEL, voici ce qu'ils enseignent: Après la chute d'Adam tous les hommes propagés selon la nature naissent avec le péché, c'est-à-dire, sans crainte de Dieu et avec les concupiscences; et c'est là ce qui damne, et cause mainte­nant encore la mort éternelle à ceux qui ne renaissent pas par le baptême et par l'Esprit Saint: c'est la privation de la justice originelle, et avec cette privation une disposition désordonnée des parties de l'âme, et une constitution corrompue. Il y a une différence entre la nature elle-même dans laquelle l'homme a été créé, - laquelle même après la chute est et demeure créa­ture de Dieu, - et le péché originel; ainsi il y a une différence entre la nature corrompue et la corruption qui a été enfoncée dans la nature, et par laquelle la nature est corrompue; per­sonne autre que Dieu seul ne peut séparer de la nature même la corruption de la nature; c'est ce qui s'opérera complétement dans la résurrection bienheureuse, parce qu'alors la nature même, que l'homme porte autour de lui dans le monde, ressus­citera sans le péché originel, et jouira de la félicité éternelle; la différence est comme entre l'œuvre de Dieu et l'œuvre du dia­ble; ce péché ne s'est pas emparé de la nature, comme si Satan avait créé substantiellement quelque mal, et l'avait mêle avec la nature; mais la justice concréée et originelle a été perdue: le péché originel est un accident; et l'homme par sa raison est devant Dieu spirituellement comme mort. Ce mal est couvert et pardonné par le Christ seul : la semence elle-même, dont l'homme est formé, a été entachée de ce péché: c'est de là aussi que l'homme reçoit de ses parents des inclinations dépra­vées et une impureté interne du cœur.

VII. SUR LE BAPTÊME. Le Baptême n'est pas simplement de l'eau, mais c'est de l'eau prise par commandement Divin, et scellée avec la Parole de Dieu, et par conséquent sanctifiée: la vertu, l'œuvre, le fruit et la fin du baptême sont que les hommes soient sauvés, et adoptés par la communion chrétienne; par le baptême la victoire sur la mort et sur le diable, la rémission des péchés, la grâce de Dieu, le Christ avec toutes ses œuvres, l'Es­prit Saint avec tous ses dons, et la béatitude éternelle sont of­ferts il tous et il chacun de ceux qui croient: si par le baptême la foi est donnée aux enfants, c'est une question trop profonde pour qu'elle puisse être soigneusement examinée. L'immersion dans l'eau signifie la mortification du vieil homme, et la résur­rection du nouveau, c'est pourquoi cette immersion peut être appelée le bain de la régénération, et le vrai Bain dans la Pa­role, puis aussi dans la mort et dans la sépulture du Christ : la vie du Chrétien est un baptême journalier une fois commencé de cette manière: l'eau n'opère point cela, mais c'est la Parole de Dieu qui est dans l'eau et avec l'eau, et la foi de la Parole de Dieu ajoutée à l'eau; il suit de là que l'action du baptême au Nom de Dieu est faite, il est vrai, par des hommes; toutefois ce n'est point par eux, mais c'est par Dieu Lui-Même : le Baptême n'enlève pas le péché originel, la concupiscence dépravée étant éteinte, mais il enlève l'inculpation.

Mais d'autres d'entre les Réformés croient que le Baptême est un Bain externe d'eau, par lequel est signifiée l'ablution in­terne des péchés: qu'il ne confère ni la régénération, ni la foi, ni la grâce de Dieu, ni le salut, mais seulement les signifie et les scelle; et que ces choses sont conférées, non pas dans ni avec le Baptême, mais plus tard quand on avance en âge; qn'il n'y a que les élus qui acquièrent la grâce du Christ et le don de la foi: et que, comme le salut ne dépend point du baptême, c'est pour cela qu'à défaut d'un ministre ordinaire, le baptême peut être administré par une autre personne.

VIII. SUR LA SAINTE CÈNE. Les Réformés, qui sont appelés Luthériens, enseignent que dans la Sainte Cène, ou Sacrement de l'Antel, le Corps et le Sang du Christ sont véritablement et substantiellement présents, et qu'ils sont véritablement distri­bués et reçus avec le pain et le vin; et qu'en conséquence le vrai Corps et le vrai Sang du Christ sont dans, avec, et sous le Pain et le Vin, et sont donnés à manger et à boire aux Chré­tiens; que par conséquent ils ne sont pas simplement du pain et du vin, mais sont renfermés et attachés par la Parole de Dieu, et que cela fait qu'ils sont le corps et le sang du Christ; car le Sacrement se fait quand la Parole approche vers l'élément: que cependant ce n'est point une transsubtantiation, telle qu'est celle des Catholiques-Romains: que c'est un aliment de l'âme, nour­rissant et fortifiant le nouvel homme: que cela a été institué, afin que la foi répare et reprenne ses forces, qu'il y ait la rémis­sion des péchés, et la nouvelle vie que le Christ nous a méritée: qu'ainsi le corps et le sang du Christ sont pris non-seulement spirituellement par la foi, mais aussi par la bouche, d'une ma­nière surnaturelle, en raison de l'union Sacramentale avec le Pain et le Vin: que la dignité de cette Cène consiste dans la seule obéissance, et dans le mérite du Christ, qui est appliqué par la vraie foi: que, en un mot, les Sacrements de la Sainte Cène et du Baptême, sont les témoignages de la volonté et de la grâce de Dieu envers les hommes; et que le Sacrement de la Cène est la promesse de la rémission des péchés au moyen de la foi; qu'il porte les cœurs croire; et que l'Esprit Saint opère par la Parole et par les Sacraments : que la consécration du ministre ne produit pas ces effets, mais que cela doit être attribué à la seule vertu toute-puissante du Seigneur: que non­ seulement ceux qui sont dignes, mais aussi ceux qui sont indi­gnes reçoivent le véritable Corps et le véritable Sang du Christ, tel qu'il a été suspendu à la croix, mais ceux qui sont dignes le reçoivent pour le salut, et ceux qui sont indignes, pour la con­damnation; que ceux-là sont dignes qui ont la foi; que personne ne doit être contraint à cette Cène, mais que chacun, quand il est pressé par une faim spirituelle, doit s'en approcher.

Toutefois, d'autres Réformés enseignent que dans la Sainte Cène le Corps et le Sang du Christ sont seulement pris spirituel­lement, et que le Pain et le Vin n'y sont que des signes, des types, des symboles, des marques, des figures et des simili­tudes; que le Christ est présent, non de corps, mais seulement par la vertu et l'opération provenant de sa Divine Essence; mais que dans le Ciel il y a conjonction selon la communication des propriétés : que la dignité de cette Cène dépend non-seulement de la foi, mais aussi de la préparation : que seulement ceux qui sont dignes reçoivent sa vertu, mais que ceux qui sont indi­gnes ne reçoivent que le pain et le vin. Quoiqu'il y ait ces dissentiments, tous les Réformés cependant s'accordent en cela, que ceux qui veulent approcher dignement de cette Sainte Cène doivent absolument faire Pénitence; les Luthériens, en disant que si l'on n'a pas fait pénitence de ses mauvaises œuvres, et qu'on s'en approche, on est damné pour l'éternité; et les An­glais, en disant qu'autrement le diable entrera en eux comme il est entré dans Judas: - cela est évident d'après les Prières qui sont lues avant la Communion.

IX. SUR LE LIBRE ARBITRE. Ils font des distinctions entre l'état avant la chute, après la chute, après la foi reçue et la ré­novation, et après la résurrection. L'homme après la chute ne peut, dans les choses spirituelles et Divines, d'après ses propres forces, absolument rien commencer, ni penser, ni comprendre, ni croire, ni vouloir, ni opérer et coopérer, ni s'appliquer ou s'accommoder à la grâce, mais l'arbitre naturel est seulement pour les choses qui sont contre Dieu et qui déplaisent à Dieu; ainsi l'homme dans les choses spirituelles est comme une sou­che, néanmoins il a une capacité, non active mais passive, d'après laquelle il peut être tourné vers le bien par la grâce de Dieu; cependant après la chute il a été laissé l'homme le libre arbitre de pouvoir et de ne pas pouvoir entendre la Parole de Dieu, et ainsi dans le cœur est allumée une étincelle de la foi, qui embrasse lia rémission des péchés à cause du Christ, et qui console. Néanmoins la volonté humaine a la liberté pour effec­tuer la justice civile, et pour choisir les choses soumises à la raison.

X. SUR L'ÉGLISE. L'Église est la congrégation et la commu­nion des Saints ; elle est répandue par tout l'Univers chez ceux qui ont le même Christ, le même Esprit Saint, et les mêmes Sacrements, soit qu'ils aient des traditions semblables ou différentes ; et elle est principalement la Société de la foi: cette Église seule est le Corps du Christ; les bons sont de fait et de nom l'Église, mais les méchants le sont de nom seulement : les méchants et les hypocrites, parce qu'ils y sont mêlés, sont membres de l'Église selon ses signes externes, pourvu qu'ils ne soient point excommuniés, mais ils ne sont point membres du Corps du Christ. Les Rites Ecclésiastiques, qui sont appelés Cé­rémonies, sont indifférents (adiaphori), et ne sont point le culte de Dieu, ni partie du culte de Dieu; c'est pourquoi, il est dans la liberté de l'Église d'instituer, de changer et d'abroger telles ou telles cérémonies, par exemple, les distinctions de vê­tements, de temps, de jours, d'aliments, et autres pratiques; et c'est pourquoi nulle Église ne doit en condamner une autre pour des choses de cette nature.

Ce sont là, en abrégé, les Doctrinaux de l'Église et de la Reli­gion des Réformés; mais ceux qu'enseignent les Schwenckfeldiens, les Pélagiens, les Manichéens, les Donatistes, les Anabaptistes, les Arminiens, les Zwingliens, les Antétrinitaires, les Sociniens, les Ariens, et aujourd'hui les Quakers et les Hernutes, sont passés sous silence, parce que ceux-là ont été réprouvés et rejetés comme Hérétiques par l'Église des Réformés.

/ 962